Fidèle à lui-même, il n'a montré aucune émotion : Pierre Suard, ancien président d'Alcatel Alsthom entre 1986 et 1995, a été blanchi hier par le Tribunal correctionnel d'Evry de toute accusation dans une sombre affaire de témoin. Imperturbable, celui qu'on avait appelé "l'homme le plus puissant de France" a quitté le tribunal sans faire de commentaire, estimant seulement que cette décision n'était pas "heureuse mais normale". C'est pourtant cette petite affaire qui est à l'origine de sa déchéance, alors qu'il avait fait de sa société un des plus grands groupes d'Europe. En 1994, Denis Gazeau, l'ancien chef comptable de la filiale Alcatel-CIT dénonce des pratiques qui seraient frauduleuses, selon lui, dans la société. Entre autres, Alcatel aurait surfacturé volontairement plus d'un milliard de francs de l'époque à France Télécom ! C'est cette affaire qui sera directement à l'origine du départ de Pierre Suard. Dix ans après, l'enquête n'est toujours pas bouclée.

En revanche, Denis Gazeau avait accusé directement Pierre Suard d'avoir tenté de faire pression sur lui en le faisant suivre et surveiller pendant plus d'un mois. L'ancien président n'a pas nié, expliquant à l'audience en mai dernier une histoire rocambolesque d'espionnage technologique mettant en cause Erikson, à l'époque concurrent direct d'Alcatel, pour fabriquer des téléphones portables.

Finalement, les juges ont préféré renvoyer tout le monde dos à dos en prononçant la relaxe pour Pierre Suard et les trois autres personnes qui étaient renvoyées avec lui.


par Sébastien Ramnoux
(Le Parisien du 8 septembre 2004)